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Excellence, Ethique, Responsabilité, Ouverture

Le Cameroun restera ouvert vis-à-vis de tous ses partenaires

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Intégration, N°353 du lundi 21 au dimanche 27 janvier 2019, le Dr Christian Pout, Président du Centre africain d’Etudes Internationales, Diplomatiques, Economiques et Stratégiques (CEIDES) analyse le futur des relations entre le Cameroun et les États-Unis.

 

En répondant aux vœux de Nouvel An formulés par le Corps diplomatique, le président Paul Biya a affirmé qu’il poursuivra «une politique active de coopération économique avec la Chine». Il a ajouté que «le Cameroun s’efforcera de développer autant que possible ses échanges avec ses partenaires traditionnels de l’Union européenne». Aucun mot en direction des États-Unis. Quelle résonnance cette partie du discours du président camerounais a eu pour l’expert des relations internationales que vous êtes?

Il n’est pas indispensable d’être grand clerc de quelque discipline scientifique pour d’emblée signaler qu’un discours ne s’analyse pas de manière partielle et en dehors de son contexte. La réponse du Chef de l’Etat aux vœux de Nouvel An formulés à son endroit, à l’endroit de son épouse, Madame Chantal Biya et à l’endroit du Peuple camerounais par le Doyen du Corps diplomatique au nom de la communauté internationale représentée dans notre pays pourrait être synthétisée par trois grandes dimensions qui s’entrecroisent judicieusement tout au long de cette prise de parole présidentielle du 09 janvier 2019. La première porte sur un regard panoramique sur l’état du monde caractérisé par une grande instabilité dont certains ressorts et conséquences ont été exposés à grands traits, en différents lieux du globe, du Proche et Moyen Orient, jusqu’aux confins du Bassin du Lac Tchad en passant par l’Europe, l’Amérique et l’Asie. La seconde dimension porte les grandes questions qui occupent l’actualité internationale sur le plan politique, économique, sécuritaire, environnemental, c’est ainsi que le terrorisme, les migrations, les changements climatiques, la mondialisation, le populisme, le nationalisme, le protectionnisme et le multilatéralisme ont meublé la revue diplomatique effectuée. La troisième dimension quant à elle concerne essentiellement la place de notre pays dans le mode ainsi décrit, son attitude générale et la projection de son action extérieure en lien avec ses défis internes et la défense de ses intérêts. Sur ce dernier point, ce qu’il importe de retenir c’est que le Cameroun saisira les opportunités que « tout pays désireux de nouer avec lui une coopération mutuellement bénéfique » offrira. Je signale s’agissant des Etats-Unis que lors de l’audience d’au revoir accordée par le président Paul Biya,  le 06 septembre 2017, à l’ancien Ambassadeur des USA au Cameroun, S.E Michael S. Hoza, la revue de la coopération a permis de faire un point sur une relation fructueuse dans les domaine de la sécurité, de la santé, du commerce et de l’éducation. A titre illustratif, il avait été alors indiqué que, entre fin 2014 et 2017, les investissements commerciaux américains au Cameroun culminaient à 2 milliards de dollars. Dans la même veine, le Chef de l’Etat a reçu le 04 décembre 2018 en présence de l’Ambassadeur des USA, S.E. Peter H. Barlerin, le Directeur Général Afrique et Président de Directeur Général de General Electric et General Electric Healthcare, Monsieur Farid Fezoua. Ceci traduit bien que les portes du Cameroun sont ouvertes à tous les investisseurs porteurs de projets sérieux et pertinents à l’égard du profil économique de notre pays.

 

À l’issue d’une audience avec le président Paul Biya 17 mai 2018, l’ambassadeur des États-Unis indiquait dans un communiqué que le président a convenu avec lui «de l’importance d’accueillir les entreprises américaines au Cameroun et de les traiter équitablement» que les entreprises chinoises. Après cette sortie du président camerounais ne doit-on pas s’entendre aux contraires?

Je viens de souligner qu’il est important de retenir que l’état d’esprit général affiché par le Chef de la diplomatie camerounaise s’agissant de la coopération et des partenariats est caractérisé par une ouverture attentive au caractère mutuellement bénéfique de toute offre qui pourrait être articulée dans ce sens. Il y a donc là une posture clairement lisible qui ne devrait ouvrir la voie à aucune ambiguïté et encore moins à quelque polémique stérile. L’Agence de Promotion des Investissements et toutes les autres structures gouvernementales chargées de construire et conforter l’attractivité de notre pays ne me semblent pas disposer de stratégies et missions obscures qui viseraient à favoriser des entreprises d’un pays particulier et à en discriminer d’autres venant d’ailleurs. Cela serait contraire aux lois et règlements de notre pays et entrerait également en contradiction avec certains de nos engagements internationaux en matière économique et commerciale.

 

Le premier pilier de la politique du président Donald Trump en Afrique, consiste à densifier les échanges commerciaux entre le continent et les États-Unis. Peut-on considérer qu’en affichant clairement une préférence pour la coopération économique avec les géants d’Asie, Paul Biya refuse la main tendue de Trump ?

Bien que la diplomatie américaine ne soit plus aussi clairement lisible que par le passé et que certaines décisions, prises de position et attitudes du président Trump aient laissé certains des partenaires des Etats-Unis en proie à de sérieux questionnements, il ne serait pas conforme à la réalité de dire que la qualité des relations entre les Etats-Unis et le Cameroun a connu quelque altération. Les Etats-Unis sont un acteur de tout premier plan des relations internationales depuis plusieurs décennies. Cela ne se conteste pas. En outre, le Cameroun a pu se réjouir à plusieurs reprises dans son histoire récente marquée par la lutte contre les terroristes de Boko Haram de la sollicitude de son partenaire américain. Ces marques de solidarité ont toujours été saluées au plus haut niveau car elles témoignaient de la solidité indiscutable des liens entre les deux pays. Cette solidité, me semble-t-il, ne sera pas affectée par la réduction de ses engagements décidée par Washington pour des raisons d’évolution de ses stratégies internes et internationales. Pour sa part, le Cameroun restera ouvert vis-à-vis de tous ses partenaires d’hier et d’aujourd’hui et continuera d’explorer de nouvelles pistes de coopération, bilatérales comme multilatérales, pour avancer sereinement vers son émergence.

 

La préférence exprimée du président Paul Biya pour la Chine peut-elle avoir un impact sur la coopération globale entre le Cameroun et les États-Unis ?

Reconnaître, comme l’a fait le président Paul Biya en plusieurs occasions ces derniers mois, que la Chine est un partenaire de poids de notre pays n’équivaut automatiquement pas à fermer la porte à d’autres pays désireux d’initier ou renforcer des partenariats avec le Cameroun dans différents secteurs. Je ne voudrais pas enfoncer des portes ouvertes ou exposer des truismes mais la formulation de votre question me pousse à rappeler que la géographie mondiale de la compétitivité engage chaque sujet des relations internationales à nouer des partenariats qui lui permettent de maximiser ses potentialités. La mondialisation qui a permis d’accélérer les échanges a beaucoup fait évoluer le paysage économique, technologique et commercial mondial avec des conséquences inévitables sur la manière dont les pays du Nord  tout comme ceux du Sud se positionnent désormais sur l’échiquier international. Dans cette nouvelle configuration, les avenues traditionnelles de la coopération internationale pour tous les pays ont été démultipliées à travers des stratégies de diversification qui ont permis d’élargir les cercles vers de nouveaux amis, toujours dans le but d’exploiter aux mieux les opportunités et assurer le bien-être des populations. De ce point de vue, la Chine, les Etats-Unis, le Cameroun, chacun en ce qui le concerne, s’inscrivent dans une trajectoire de promotion de leurs intérêts respectifs. Ainsi, les relations qu’ils entretiennent ne laissent aucune place à l’exclusivité.

Interview réalisée par Aboudi Ottou

 

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